Cérémonie Alexandre DARDEL 7 juin 2013

vendredi 2 août 2013
par  webmestre

Le 7 juin la cérémonie à la mémoire d’A. Dardel a eu lieu au cimetière de la Guillotière en présence d’une importante représentation de cheminots, de plusieurs personnalités, d’associations et amicales d’anciens Résistants avec leur drapeau.
Monsieur M. Brun Secrétaire Général du Syndicat CGT–Cheminots du Rhône et environs, évoqua la vie, les engagements idéaux, le combat en Résistance et la mort sous la torture d’Alexandre DARDEL.
Très émue, Madame Haguenauer représentant la Mairie de Lyon prit la parole, puis Monsieur Roger Gay Président de l’ANACR et Amis du Rhône, ensuite Monsieur Guy Fischer Sénateur du Rhône, chacun évoquant le dur combat que durent mener les Résistants, combat où trop souvent la mort les attendait.
Un dépôt de gerbes et de plaques sur le monument funéraire clôtura cette émouvante cérémonie.
Monsieur Gérard Rossi présentait le drapeau de l’amicale.

Extrait de l’allocution de monsieur Laurent BRUN

Mesdames et messieurs les représentants :

  • - de la Mairie de Lyon, Madame Evelyne HAGUENAUER,
  • - de la Direction SNCF, Monsieur Marc VAILLANT,
  • - de l’ANACR, Monsieur Roger GAY,
  • - Monsieur Guy FISCHER, Sénateur communiste du Rhône,
  • - de l’IHS CGT du Rhône, Monsieur Charles RAMAIN,
  • - de la Fédération CGT des cheminots, Monsieur Roland FOURNERA Y.

Chers amis et camarades,

Tout d’abord, merci d’avoir répondu présents à cette journée de commémoration en l’honneur d’Alexandre DARDEL et de tous les Résistants cheminots.

Je tiens tout particulièrement à saluer la présence de Monsieur Maurice PIERRE, Résistant qui a fait partie des FTP et qui a côtoyé Alexandre DARDEL, ainsi que de l’amicale des résistants du maquis de l’Azergues.
Merci de nous faire l’honneur d’être parmi nous.

Cette cérémonie a été voulue par le Secteur Fédéral CGT des cheminots de la Région de LYON, car 70 ans après la mort de notre camarade DARDEL, un nouveau drame a failli se produire.
Sans famille identifiée, nous avons appris que la concession de la tombe de ce héros de la Résistance arrivait à terme et qu’il devait être déplacé à la fosse commune.

Je tiens à remercier les services de la Municipalité qui nous ont alertés sur ce fait, et qui ont également pris à leur charge la nouvelle stèle de la tombe.
Nous avons bien sûr immédiatement pourvu au renouvellement de cette concession mais cet évènement nous a fait prendre conscience de la précarité de la situation.

Pendant des années, nous avons compté sur les survivants pour transmettre la mémoire de cette période.
Malheureusement, au fur et à mesure qu’ils disparaissent, le risque est grand de voir disparaitre avec eux cette mémoire.
Nous devons reprendre le flambeau et assurer la transmission de l’Histoire aux générations futures.

Le Secteur a donc décidé de constituer des archives et un fond biographique permanent, afin de garantir la conservation de ce patrimoine commun.
Il s’agit pour nous de connaitre l’Histoire pour mieux, appréhender le présent.

Depuis 3 mois, nous reconstituons le parcours d’Alexandre DARDEL.
A ce titre, je remercie la Direction SNCF qui nous a ouvert ses archives afin de nous aider dans cette tâche.
Ce que nous redécouvrons, c’est le prix incroyablement élevé que cet homme, et de nombreux autres, ont payé pour NOTRE liberté.

Alexandre DARDEL est embauché à la compagnie du PLM le 15 août 1936 comme « homme d’équipe » à l’essai au service des bagages de la gare de Lyon Perrache.
Il passe des examens, subit des mutations, notamment dans l’Ain, et il vit difficilement de son maigre salaire.
En 1938, il parvient à revenir en proximité de son domicile à Lyon Guillotière.
Il est mobilisé pour la guerre du 2 octobre 1939 au 30 juillet 1940.
Puis en 1941, il est de retour à Perrache.
En France, c’est l’occupation et la collaboration.

Le 1er juillet 1942, il rejoint les Francs Tireurs et Partisans.
Cette organisation a été créée en 1941 sur la Directive du Comité Militaire du PCF clandestin, dont toutes les structures doivent alors fournir 10 % de leurs adhérents pour la lutte armée.
A partir du 19 juillet 1942, Alexandre DARDEL est considéré en absence irrégulière prolongée et déchu de tous ses droits.

Il prend le commandement d’une compagnie FTP sous le pseudonyme de « Muller » et se replie un temps dans le maquis de la vallée de l’Azergues.
Ce maquis constitue une école de formation militaire et un quartier général où se décident notamment les actions à mener à Lyon.

Sur Lyon, 8 à 10 compagnies FTP forment des « groupes de ville » qui, malgré leurs faibles moyens et les lourdes pertes qu’ils subissent, parviennent à harceler l’occupant et les autorités.
Ils multiplient également les sabotages pour entraver l’effort de guerre.
Pour des raisons de sécurité, ces groupes n’avaient aucun contact entre eux. _ Chacun faisait ce qu’il avait à faire !
Et même s’ils n’étaient pas nombreux, ils pouvaient tout de même compter sur certaines aides ou complicités dans la classe ouvrière.

Leurs faits d’armes sont estimés à plus de 200 :
• dynamitage de transformateurs électriques,
• Explosion de trains ou de matériel ferroviaire,
• Destruction de moteurs d’avions chez Bronzavia,
• Détournement d’un fourgon postal allemand à Perrache,
• Explosion aux aciéries du Rhône,
• Attaques de mairies pour récupérer des bons d’alimentation et nourrir le maquis ...

La répression est féroce et sans pitié, les résistants manquent de tout, et en particulier d’armes et de munitions, mais leur détermination et leur ingéniosité leur permet tout de même de faire trembler l’armée la plus puissante du monde, dont les soldats et les officiers ne peuvent plus sortir sans escorte.

A partir de 1942, le PCF et la CGT clandestine, mettent en place des réseaux de renseignements dans les usines ou les administrations. On les appelle les « Résistants sédentaires » qui sont chargés de collecter des informations pour aider les groupes armés.

DARDEL, lui, s’est fait une spécialité de la préparation minutieuse des opérations militaires, à partir de ces informations.
Des actions régionales de grande envergure sont décidées comme le sabotage de tous les axes ferroviaires menant à Lyon.
Il y a des succès, mais également des échecs, avec souvent des morts à la clef, parfois même la décimation de groupes entiers.

A partir de juin 1944, les FTP contrôlent totalement la vallée d’Azergues. Le 9 août 1944, Muller est au PC de la brigade « la Marseillaise » à Claveisolles. Il mange avec ses camarades avant de partir à Lyon pour une opération et il leur livre ses sentiments : « C’est beau d’être libre. Ici pas de boches, ni de milice. Libre, c’est merveilleux. Enfin, on a bientôt fini notre vie de gangsters ». Car à l’Est l’Armée Rouge progresse vite et cela fait 2 mois que le débarquement a eu lieu en Normandie.

Muller et ses compagnons partent pour Lyon. Comme c’est la coutume, il est le seul à connaitre l’objectif.
Du matériel est placé dans un tonneau qu’un convoyeur de la Poste accepte d’acheminer à Perrache.
A 19 h, Muller entre à la buvette du pont Mouton dans le 9e. Ses camarades l’attendent dans leur voiture. Il a rendez-vous avec un contact.
Mais c’est un traitre qui le désigne à un milicien. Celui-ci lui tire une balle dans la jambe pour l’empêcher de fuir.

Muller est emmené au siège de la Gestapo, 33 place Bellecour.
Ils savent qu’ils tiennent un homme important et veulent le faire parler, autant que lui faire payer son activité et son audace.
Il est torturé et mutilé pendant plusieurs heures.
Il succombe dans la soirée.

Les allemands et les collabos ont pu être soulagés de sa mort. Mais ils se sont vite aperçus que lorsqu’un partisan tombe, un ami sort de l’ombre pour reprendre sa place et continuer son combat.

Même si les autorités avaient exigé un enterrement matinal pour éviter toute manifestation, les pompes funèbres de Guillotière, avec leurs moyens, ont fait aussi acte de résistance en prenant un tel retard que la mise en terre aura lieu à 9 h ...

Comme 8 938 cheminots tués, dont 809 fusillés et 1 157 morts en déportation, comme des milliers de résistants de tous métiers et de toutes origines, Alexandre DARDEL est un « martyr de la résistance », selon les propres mots du Chef de Gare, Chef des services de factage et de camionnage de Lyon.

C’est un martyr de la Liberté. De notre Liberté.

Comme Alexandre DARDEL, d’autres hommes et femmes se sont battus et ont parfois sacrifié leur vie pour cette Liberté.
C’est notamment le cas de Marius Chardon à Oullins, abattu dans les ateliers. Et c’est le cas de dizaines d’autres dont nous voulons nous souvenir aujourd’hui.

…/… Avec le Programme du Conseil National de la Résistance, dans lequel la CGT a pris une grande part, notamment au travers de Louis SAILLANT, la France veut aussi lutter contre le fascisme en développant le bien-être des travailleurs et de toute la population.
Généralisation de la Sécurité Sociale incluant la retraite, nationalisations des banques et assurances, de Renault, de l’électricité et du gaz, création des Comités d’Entreprise et du statut de la Fonction Publique, réduction du temps de travail et acquis sociaux ...
Défendre tout cela et prolonger la bataille pour le progrès social, c’est aussi être fidèle aux résistants et à leur héritage.

Nous appelons donc les cheminots à se souvenir et à prolonger l’engagement de ces héros de la Résistance.
Le premier devoir de mémoire, c’est de ne pas accepter que l’histoire se reproduise.

Je vous remercie.






Légende des photos
01 Le nouveau monument
02 Les drapeaux
03 L’assistance
04 Ceux de l’Amicale
05 Assis à gauche, Mr CHAVANET
06 Mr VAILLANT, direction SNCF
07 Mr Laurent BRUN
08 Madame AGUENAUER, adjointe au maire de Lyon
09 Mr Roger GAY, Président de l’ANACR du Rhône
10 Mr Guy FISCHER, Sénateur du Rhône
11 Dépôt de la gerbe SNCF par Mr VAILLANT
12 Mrs PIERRE et ROSSI posent la plaque de l’Amicale
13 Recueillement de l’Amicale
14 De droite à gauche Mrs Chavanet, Rossi, Mme Aguenauer, Mrs Fischer, Pierre, Mme Chadebech
15 De gauche à droite Mrs FISCHER, PIERRE, ROSSI, BRUN
16 Gerbes et plaque sur le monument


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